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 Devoid of Meaning.

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MessageSujet: Devoid of Meaning.   Jeu 3 Mar - 19:53

Devoid of Meaning ;
VIDE DE SENS. [ LÉNA ]

Les cheveux de la blonde voletèrent autour de ses fines épaules qu’enveloppait un châle aux couleurs brumeuses. Sa bottine crissa presque inaudiblement sur la terre froide et sombre. La deuxième suivit, Gretel fit quelques pas. Le vent agita les bras souples et nus des arbres et elle se laissa guider, pousser doucement le long de la lisière ombrageuse de l’Endless Forest. La brise qui lui caressait les joues soufflait du cœur même de la forêt et elle transportait des effluves noirs et mystérieux. Comment était-elle arrivée jusqu’ici ? Elle n’en avait aucune idée. Le large sentier, plein de sable et de terre sèche, s’étendait devant et derrière elle, sans fin. L’air gris sifflait entre les branches, cela sonnait comme des voix. La jeune fille les écoutait et percevait au fond de leurs murmures plaintifs et doux comme un appel de l’Hiver lui-même. Elle ignorait à quel point L’Endless était dangereuse, elle vous attirait hors du monde des vivants et vous perdait dans un labyrinthe d’hallucinations merveilleuses. Il n’y avait plus alors aucune chance d’en revenir. Qu’y avait-il là-bas ? Nul n’aurait su le dire.
Elle tressaillit et fit irrésistiblement un pas vers l’ombre impénétrable des branchages drus, attirée par les échos fantomatiques. Elle n’avait pas peur. Là-bas chaque arbre prenait vie et se muait en un être indéfinissable à la voix profonde et hypnotique. La jeune fille ferma les yeux et tourna doucement sur elle-même, prêtant l’oreille. Il lui semblait entendre une véritable musique. Une valse. Elle contemplait les danseurs vêtus de vent et dépourvus de feuilles. Elle les entendait fredonner, les voyait danser avec grâce. Elle tournait vite, trop vite. Sa cheville se tordit et elle perdit l’équilibre, rouvrant les yeux et se rattrapant de justesse à une branche. Elle retira brusquement sa main, reculant, saisie d’effroi. La pénombre l’entoura soudain. Où était-elle ? Elle n’avait pas gardé les yeux fermés longtemps. Son châle glissa de ses épaules, pris dans une fissure de l’écorce. Non… pas une fissure. Un rameau entier avait transpercé la toile, et les minuscules bras noirs et tordus se subdivisaient et se déployaient au-delà de la déchirure. L’adolescente contempla la branche inerte, un nouveau frisson la parcourut. Le trou faisait juste la largeur de la branche, pourtant le bouquet des maigres et anguleuses branchettes l’empêchait de récupérer son châle. Elle tendit le bras et tira violemment sur le tissu. L’arbre émit un craquement sinistre. Gret’ recula à nouveau, la peur, cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas ressenti ça. L’horreur mortelle, glaciale, qui s’insinue le long des membres et vous pétrifie tout entière. Ici hurler n’avait plus aucun sens. Il n’y avait personne. Le silence. Le vent s’était tu.

La jeune fille leva la tête, soudain transie de froid. Le ciel perçait faiblement l’épais et noir branchage, diffusant un clair-obscur sinistre et conférant au lieu un aspect plus qu’inquiétant. Fuir. Fuir et vite. Mais par où ? De quelle côté ? La lisière, l’air libre qu’elle venait de quitter semblaient lointains, trop lointains. En quelques secondes, en quelques pas, elle avait été transportée ici. Pourquoi ? Comment ? Sortir d’ici. Ses poings blancs se serrèrent. Et puis elle entendit. A nouveau cette musique, cette valse. Cela n’approchait pas, ne s’éloignait pas. Cela la cernait, l’entourait, était presque inaudible et pourtant l’étouffait et l’assourdissait. Elle s’était faite avoir. La mâchoire crispée, la blonde calma le tremblement de ses jambes. Elle voulut faire un pas en avant mais ses cheveux la tiraillèrent, ils s’étaient eux aussi pris dans une branche. Ou plutôt une branche les avait pris. Elle saisit la mèche avec précipitation et se libéra, puis frotta son crâne endolori. C’en était trop. Elle allait repartir que l’Endless Forest le veuille ou non. Un frémissement de la terre meuble à ses pieds lui fit baisser les yeux et faire un bond. Elle n’identifia pas ce qui se trouvait là et qui se tortillait mais cela lui donna la nausée. Il lui fallait se concentrer sur quelque chose, n’importe quoi, pour oublier que si une bestiole de ce genre se trouvait là, elle n’était sûrement pas seule. Elle s’aperçut qu’elle entendait toujours la musique, doucereuse, qui raisonnait quelque part dans l’obscurité, brisant le silence. Il lui fallait repartir comme elle était venue. D’un pas hésitant, la jeune fille esquissa un tour sur elle-même. Non, dans l’autre sens. Elle voulait repartir n’est-ce pas ? Tourner dans le même sens que lorsqu’elle avait été transportée ici n’était pas logique. Elle recommença donc à tourner, dans le sens opposé, ses paupières closes serrées si fort que ses tympans bourdonnaient. La musique se traînait puis était bousculée par un temps fort, se calmait à nouveau, ondulait, modulait, mais raisonnait toujours avec une intensité oppressante. Gretel tendit l’oreille et s’immobilisa. Ses bottines crissèrent. Le vent lui caressa le visage. Elle ouvrit les yeux, son cœur battait follement. Une sueur froide la parcourut. Elle n’était pas revenue à son point de départ, non c’était certain, elle se trouvait à nouveau à la lisière de la forêt mais devant elle s’étendait une prairie à l’herbe courte et perlée de givre, ce n’était assurément pas le large et poudreux sentier qu’elle avait quitté.
Et il y avait quelqu’un.

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MessageSujet: Re: Devoid of Meaning.   Dim 6 Mar - 17:40

    Welcome to the Black Parade # My Chemical Romance.

    We'll carry on
    We'll carry on
    And though you're dead and gone believe me
    Your memory will carry on
    We'll carry on
    And in my heart i can't contain it
    The anthem won't explain it

    A word that sends you reeling
    from decimated dreams
    Your misery and hate kill us all
    So paint is black
    And take it back
    Let's shout it loud and clear
    Defiant to the end we hear the call


Une fille aux cheveux noirs déambulait. Elle s'arrête soudainement devant un endroit. Somptueux. La jeune fille ouvre de grands yeux surpris. Comment cela était – il possible ? Elle arbora une mine dubitative. Fronce les sourcils. Ce n’était pas normal. Elle rejoignit ses mains dans son dos, maltraitant ses omoplates pour qu’ils lui donnent un air de petite fille sage. Cette petite fille qu’on avait toujours voulu qu’elle soit. Ses pensées s’obscurcirent. Elle repensa à Heïdi. Souvenir douloureux. Sa première pensée, lorsqu’elle fut précipitée en Wonderland, a été de penser à elle. Elle se remémora la scène qui fit basculer le cours de son existence. Sa dernière image de l’autre monde fut la vision d’Heïdi se précipitant vers elle, du miroir et de l’antiquaire qui l’avait fait traverser le miroir. Il avait alors une lueur inquiétante au fond des yeux. Le souvenir était trop douloureux. Elle voulait penser à autre chose, mais n’arrivait pas à faire dériver ses pensées vers autre chose. Elles étaient toutes obscures, sans le moindre espoir d’être un jour éclairées. Léna se mordit la lèvre. Elle ne devait pas pleurer. Certes il n’y avait personne, mais elle ne pouvait pas pleurer. Son éducation ne le permettait pas. Elle ne se souvenait que trop de sa gouvernante, qui ne cessait de lui rabâcher les oreilles avec ces idioties de faibles et de forts. Arrête de pleurer, tu ne m’attendris pas, Léna. Pleurer, c’est bon pour les faibles, Léna. Je sais que tu n’arriveras à rien dans la vie, Léna. Tu es un poids pour ta famille, Léna. Des milliards de reproches de sa gouvernante se bousculaient dans sa tête. Elle lui en avait tant fait toute sa vie … Léna s’échoua au pied d’un arbre, le regard dans le vide. Et elle pensa.

La demoiselle observait une image invisible aux autres. Elle ramena ses jambes à sa poitrine, déposa délicatement son menton sur ses genoux. Elle repensa à Heïdi. Que faisait – elle ? L’homme l’avait – il aussi fait traverser ce maudit miroir ? S’inquiétait – elle dans l’autre monde ? Et l’homme, pourquoi avait – il fait ça ? Tant de questions, si peu de réponses … Léna commençait à désespérer. Elle n’avait qu’un rêve : quitter Wonderland. Réinvestir son présent, pouvoir imaginer son avenir. Wonderland lui avait tout pris. Il ne lui restait plus que ses ballerines noires, des vêtements, ses souvenirs et ses rêves. Et un présent incertain. Une boule de chagrin et de frustration se forma au fond de sa gorge. Ce monde était tout sauf censé. Il était étrange, à la limite de la barbarie. Un souvenir sur - domina alors tous les autres. Elle repensa avec un sourire mi – doux mi – amer au couple qui l’avait accueillie lorsqu’elle était passée de l’autre côté du miroir. D’abord, le couple ne s’était pas montré curieux, avait respecté son silence. Dès qu’ils l’avaient découverte, ils avaient deviné qu’elle avait vécu quelque chose de très éprouvant sur le plan psychologique. Ils s’étaient montrés attentifs et très sympathique envers Léna. C’est donc tout naturellement qu’elle se décida à leur révéler son histoire. Ils la repoussèrent, la chassèrent. Ils ne vinrent pas jusqu’à la menacer, mais une méfiance et un mépris croissants se formaient dans leurs yeux. Avant qu’elle ne parte, ils décidèrent néanmoins de lui expliquer comment fonctionnait Wonderland. Il y avait les étrangers, les monstres, les héros et les chasseurs. Elle se souvenait de chaque chose, de tout ce qu’ils avaient précisé. Il en allait de sa survie. Elle était étrangère, l’ennemie de toute chose et tout être vivant en Wonderland. Tout avait été fait pour que les personnes comprennent une chose : elle était loin d’être la bienvenue ici. Une fois de plus, cette révélation lui poignarda l’âme. Barbarie. Emprisonnement. Souffrance. Le monde n’était que souffrance. Sa lèvre saignait. Et merde.

Ne fait pas ça, Léna. Soit sage, Léna. Fait en sorte que tes parents soient fiers de toi, Léna. Ses parents … Ses parents … Quand étaient – ils venues la voir pour la dernière fois, ses parents ? Dès qu’elle pensait à eux, un seul sentiment la traversait : colère. Elle secoua la tête, un long soupir s’échappant de sa gorge. La jeune fille savait pertinemment que détester était simple. Comprendre était une autre paire de manches. Mais comment comprendre sans explications ? Elle renonça. Pourquoi penser à des gens qu’elle ne reverrait peut – être jamais ? Mais elle ne pouvait faire que penser. Alors pourquoi pas ? Elle songea au miroir. Une folle idée la traversa. Et si elle retrouvait le miroir ? Si il l’avait précipitée ici, peut – être avait – il son jumeau dans ce monde, peut – être pouvait – elle retourner chez elle au moyen de ce jumeau ! Elle sourit alors. Depuis qu’elle était arrivée ici, elle ne souriait plus. Elle joua quelques instants avec une mèche, puis s’adossa de nouveau à l’arbre. La demoiselle leva la tête. Ces arbres n’avaient rien de louche. Ils avaient juste un quelque chose que les arbres de l’autre monde n’avaient pas. Léna n’aimait pas ne pas comprendre. Elle se leva, effleura l’écorce du bout des doigts. Une sorte de trait chaud irradia son corps. Elle ôta sa main, surprise. Elle posa alors le plat de sa main sur l’écorce. Elle avait déjà ressentit cette émotion …
Le miroir.

Elle fut surprise de pouvoir faire le rapprochement aussi vite. Alors, cet arbre produisait sur elle le même sentiment que le miroir … Intriguée, elle commença à marche, laissa sa main glisser sur l’écorce d’autres arbres. Toujours la même sensation. Enivrante. Envoûtante. Chaleureuse. Elle retrouvait enfin un peu de douceur dans ce monde distordu … Soudain, il n’y eut plus aucun arbre sur sa route. Elle étendit le bras. En vain. La demoiselle se retourna. La forêt était derrière elle. La jeune fille se rendit alors compte qu’elle avait marché longtemps. Ses jambes en témoignaient. Elle s’adossa de nouveau à l’arbre, observa le ciel. Etrange ciel. Elle n’y prêtait plus attention. Quelque chose avait effleuré son dos. Elle s’écarta brusquement de l’arbre. La demoiselle avait laissé s’échapper un cri de surprise. Une branche se mouvait non loin d’elle. Elle fit quelques pas chassés et lorsqu’elle s’arrêta, la branche revint à son état initial. Innocent petit morceau de bois. La noiraude avait le regard ébahi, médusé, effrayé. Elle resta quelques instants à ne rien faire, puis se ressaisit. La demoiselle lança un regard circulaire aux alentours. Elle remarqua alors seulement une fille d’un âge qu’elle jugeait peut – être au – dessus du sien, non loin de là. Elle se rendit aussi compte qu’elle avait faim. Oh, elle mangerait plus tard. Elle s’approcha à pas légers de la fille. En se rapprochant, elle se rendit compte que la fille était belle. Très belle. C’était presque irréel. Cette irréalité l’incita à la méfiance. Ce monde n’était qu’un immense traquenard, elle le savait trop bien.

« Bonjour. Saurions - vous ce qu’ont ces arbres … ? »

Sa question se suspendit. Elle vit à nouveau une branche bouger et elle frémit. Mais pas seulement pour ça. La demoiselle se rendit compte de son erreur. Cette fille ne pouvait pas être une étrangère. Elle pouvait être une chasseuse. Elle pouvait être un héros. Elle pouvait être un monstre. Mais elle avait la certitude qu’elle ne pouvait pas être une étrangère. La fille n’avait pas cette lueur effrayée et perdue qui siégeait toujours au fond des yeux violets de Léna. Elle avait fait une erreur. Une grosse erreur. Un vague sourire éclaira son visage. Pitoyable, comme un être qui savait qu’elle allait mourir et qui s’inclinait. Elle s'écarta de deux pas. Trois pas. Elle ne devait pas la toucher. Pas même l'effleurer. Il fallait assumer ses erreurs. Sa lèvre subit une nouvelle fois le courroux de ses dents blanches. Elle reprit contenance. Ne pas la laisser percevoir son hésitation. Elle s'arrêta, arbora à nouveau ce sourire stupide. Et elle attendit une réponse même évasive à sa semi - question.
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MessageSujet: Re: Devoid of Meaning.   Mar 8 Mar - 17:09

[Levi aime pas Twilight mais elle aime Muse *^*.]

Glaciers melting in the dead of night
And the superstars sucked into the supermassive. ~

Il y avait quelqu’un, ou plutôt quelque chose.
Un cri apeuré fusa, de la part de la créature.

Gretel avait immédiatement compris ce à quoi elle avait affaire. Non pas qu’elle l’ait déduit d’un quelconque signe extérieur, elle n’était pas assez observatrice pour cela, mais elle l’avait ressenti. Son instinct d’héroïne l’avait alerté, faisant courir un léger frisson d’adrénaline dans tous ses membres, c’était agréable, une des choses les plus agréables qu’elle ait jamais ressenti. Une sève puissante irradiait en elle, elle aiguisait sa vue, son ouïe, son odorat, elle mettait en tension ses muscles. Elle n’avait pas toutes les capacités d’un chasseur mais son frère jumeau en était un, et elle portait dans ses gènes quelques traces de cet instinct primitif. Avec un peu d’entraînement, elle aussi aurait pu s’y essayer. Certes elle n’aurait pas été une prédatrice extraordinaire, mais peu lui importait. Ses pupilles s’élargirent imperceptiblement et son visage s’anima sans qu’elle en ait conscience. Son étrange pouvoir – sa beauté incroyable – irradiait malgré elle, à son insu. Elle ignorait l’étendue de ses propres capacités. Elle tourna la tête vers l’étranger qui se tenait là tout près d’elle, dans un mouvement brusque mais fluide, suivi par le léger balayage de ses cheveux blonds. Ses iris turquoises étaient anormalement sombres, profondes et colorées, mais en quelques secondes, ce changement, ce frisson, cette invitation à la chasse s’estompèrent. Hansel, son jumeau, ainsi que les autres individus de son espèce, parvenaient à maintenir cet état de transe à un niveau quasi permanent. C’était ce qui la différenciait d’un véritable chasseur. Elle et lui étaient en quelque sorte issus de deux races à part entière.

Le regard de la jeune fille se planta dans celui de l’étranger. Il s’agissait d’une fille – ou d’une femelle, Gretel ne sachant pas comment qualifier le sexe féminin d’un étranger, n’en ayant jamais rencontré – d’à peu près son âge en apparence, un peu plus jeune sûrement. Elle la sentait tendue, son dos légèrement arqué comme à la manière d’un animal. Lorsqu’elle s’approcha, la blonde se demanda si elle était dangereuse, bien que plus petite et un peu plus menue qu’elle. Elle se posa cette question comme on le ferait à propos d’un chien en mesurant les risques d’être mordu ou pourchassé. L’étrangère s’arrêta presque à sa hauteur et elles se détaillèrent mutuellement. Des cheveux d’un noir de jais, des yeux améthyste, de fin sourcils noirs, une peau pâle, des lèvres à l’épaisseur moyenne, légèrement roses. Elle ressemblait à s’y méprendre à une héroïne et pourtant… Gret’ ne parvenait pas à déceler ce qui chez elle avait provoqué cette réaction grisante, électrique. Méfiante, elle ne fit pas un geste, restant immobile comme une pierre, se contenant même lorsqu’elle aperçut une branche qui se tortillait et serpentait en s’enroulant autour de son propre tronc à quelques mètres de là. Les mouvements de cette forêt étaient presque sensuels, cela la terrifiait, la fascinait et la dégoutait à la fois. Pourtant elle ne fit rien, ne dit rien, ne bougea pas. Ce fut la créature qui parla la première.

- Bonjour. Saurions - vous ce qu’ont ces arbres … ?

Elle haussa un sourcil, perplexe, cette étrangère maîtrisait-elle leur langue ? Elle devait sans doute vouloir dire “sauriez-vous”. L’héroïne décela un léger changement dans la posture de la jeune fille, qui sembla rentrer très légèrement la tête dans les épaules. Le rapprochement avec une tortue ou un escargot peureux étai tentant mais elle l’apparenta plutôt à une vipère qui s’arque pour mordre. Elle s’apprêta à reculer mais ce fut la brune qui repartit en arrière, le regard voilé, une expression entre la résignation et la soumission sur le visage. Puis elle s’arrêta et se redressa, ayant l’air de chercher à cacher son trouble, se mordant la lèvre puis esquissant un léger sourire. Que voulait-elle masquer, de la peur ? Si c’était le cas elle était percée à jour, bien que Gretel ne soit pas particulièrement intelligente, tout son être frêle respirait l’effroi et l’égarement. Les étrangers venaient d’ailleurs, de très loin disait-on. Peut-être celle-ci avait-elle le mal du pays, n’ayant pas l’habitude de cette atmosphère mystérieuse au fond de laquelle on devinait d’obscurs mouvements, de sourdes convulsions de la terre elle-même. C’était un peu comme ne pas avoir le pied marin et se retrouver prise au piège sur un radeau minuscule, au beau milieu des flots dansants.

Un sentiment de pitié envahit la blonde alors qu’elle contemplait cette pauvre chose. Elle ne la considérait pas exactement comme une personne, plutôt comme un animal à la physionomie très proche de la sienne, mais à la conscience moins développée, aux gestes lourds et maladroits. C’est de cette manière que les chiens devaient considérer les hamsters, ou les corbeaux les pigeons. C’était un animal en cage qu’elle contemplait là, une immense cage certes, mais une prison tout de même, et lorsque l’on tient enfermé un animal qui n’en a pas l’habitude, on s’expose au risque de toutes sortes de réactions imprévisibles. C’est pourquoi il valait mieux se montrer prudente. Ce que Gretel ignorait, ce qu’on ne lui avait jamais dit du fait de l’animosité collective à l’encontre des égarés qui s’aventuraient dans Wonderland, c’était que comme tous les individus vivant à Wonderland, les étrangers étaient dotés de facultés de raisonnement égales à celles des héros et des chasseurs – pour les monstres, difficile de s’en assurer. Néanmoins, elle s’aperçut que malgré la maladresse avec laquelle la brune avait formulé sa question, il s’agissait d’une preuve qu’une pensée logique existait sous cette épaisse chevelure d’ébène. S’il y avait une conclusion à en tirer, c’était certainement qu’il ne fallait pas la sous-estimer. Soudain, l’adolescente se demanda quel pouvoir cette étrangère pouvait bien détenir, et s’il y avait un quelconque risque qu’elle s’en serve contre elle. Elle ignorait également que les étrangers ne possédaient pas de pouvoirs.

- N’aie pas peur, articula-t’elle d’une voix apaisante. Tiens t’en suffisamment éloignée pour qu’ils ne t’atteignent pas.

Elle réduit de moitié la distance qui les séparait, évitant précautionneusement les gestes brusques, comme un enfant devant un chat sauvage. Pourvu que cette lenteur excessive n’effraierait pas l’étrangère, Gret’ était si curieuse d’en apprendre plus sur elle, et chez elle la curiosité l’emportait bien souvent sur tout le reste. N’osant pas s’approcher d’elle plus que cela, elle s’arrêta, la regardant toujours dans les yeux, et elle enfouit ses mains dans les poches de son épais gilet, y cherchant une barre de chocolat, un bonbon ou une quelconque nourriture qu’elle ne trouva pas. Elle soupira, et détourna finalement son visage de celui de la jeune fille pour ouvrir doucement sa fermeture éclair et fouiller dans une poche intérieure.

- Que fais-tu ici ? demanda-t’elle soudain malgré elle en relevant la tête.

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MessageSujet: Re: Devoid of Meaning.   Mar 8 Mar - 23:44

[ La faute du " saurions " était totalement accidentelle x D. ]

    We sleep forever # Aiden.

    Hey, call the angels. We'll mutilate insanity

    I say she's all alone
    Fighting for redemption
    I know little pain, a little lust
    I lose myself at night to feel the rush


Quelques secondes après son effroi qui ne fut en aucun cas camouflé, Léna se rendit compte qu’elle avait fait une impardonnable faute de langage. Elle qui avait été une irréprochable élève, elle en venait à perdre ses mots devant une fille ! Oui, mais elle était d’une beauté à couper le souffle et semblait bien plus assurée qu’elle. La demoiselle en était encore au stade de se demander ce qu’elle fichait dans ce monde. L’autre y avait grandit, c’était évident. Ou tout du moins, elle connaissait et comprenait cet endroit bien mieux qu’elle. Alors que Léna n’y avait vu que l’inhospitalité et l’étrangeté, l’autre y percevait peut – être des bienfaits et des beautés qu’elle n’arrivait même pas à imaginer tant elle trouvait ce monde vil et laid. Une question se faufila dans son esprit, jusqu’à atteindre le siège de ses pensées. Elle l’effleura doucement, comme une invitation à la réflexion. Elle se souvenait de cette question, qu’un jour Heïdi lui avait innocemment posée. « A quoi ressemblerait un monde parfait ? » Elle eut du mal à ses souvenir de la réponse, tant la question lui paru épineuse et il lui fallu beaucoup de réflexion avant que la réponse ne s’échappe dans un murmure : « A un monde où les parents riches à milliards sont pleins d’humilité et font attention à leurs enfants. » Le regard perdu dans ses souvenirs, Léna se rappela le sourire mélancolique et compatissant d’Heïdi. « Et ton monde, il ressemblerait à quoi ? » Heïdi n’avait pas hésité une seule seconde « Bah au tien, je te laisserais pas partir sans moi ! ». Et les éclats de rire de deux adolescentes brisèrent le silence mortel de la rue. Des têtes qui parlaient à voix basses sur les terrasses se tournèrent, sourirent. Deux jeunes filles pleines de vie.

En dévisageant à nouveau la blonde, elle se rendit compte qu’elle la détestait déjà. Comme tous les autres de ce monde. Elle la détestait. Parce qu’elle n’avait pas perdu tout ce qu’elle avait mis des années à construire, parce qu’elle n’avait pas vu son avenir réinitialisé à cause d’un miroir et d’un imbécile d’antiquaire, parce qu’elle était belle et semblait sûre d’elle, parce qu’elle vivait dans ce monde comme Léna vivait dans le sien auparavant. Elle la détestait. Même plus que ça. Elle la haïssait. Mais une haine teintée de jalousie, qui peut se garder sans jamais exploser. Elle la haïssait passivement, comme elle détestait passivement ce monde. Elle n’était que la représentation vivante de ce monde. C’était simple de la détester. Si difficile de la comprendre. Elle ne comprit d’abord pas cette lueur étonnée, curieuse au fond de ses grands yeux turquoise. Et puis cette pitié. Oh, cette pitié ! Léna se sentit gonfler de haine. La pitié était la pire chose qu’on pouvait lui témoigner. Encore des phrases de sa gouvernante. La pitié, c’est pour les faibles Léna. Et tu n’es pas faible, Léna. Tu es une Liburn et tu dois faire honneur à ta famille Léna. Ne fait jamais pitié à quiconque, Léna. Mais aie pitié des pauvres, ils le méritent. La demoiselle se souvenait du mépris et du dégoût de sa gouvernante pour les étrangers et les pauvres. Elle avait même insisté pour qu’on n’exile pas Léna dans sa famille d’accueil en France. Mais la jeune fille ne voulait pas qu’on lui arrache ce plaisir. Elle avait triomphé pour la première fois depuis sa naissance sur sa gouvernante. Victoire.

Ses yeux d'améthyste foudroyèrent la blonde. Elle articula les mots, comme si elle avait peur qu'elle n'en comprenne pas un. Retour du comportement de la petite fille sage. Elle se contenta de la vriller de ses yeux d'orage et de tempête et de ne pas prononcer un mot. C'est bien Léna, aurait dit la gouvernante. Rien que pour cela, elle l'aurait bien rabrouée, cette pimbêche blonde. Elle la prenait pour quoi ? Une bête bizarre ? Un animal effrayé ? Ouais. Enfin, oui, elle était comme un animal effrayé prit dans un piège de chasseur, condamné à attendre la mort, emprisonné. Et plus l'animal se débat, plus le piège se resserre. La comparaison lui fit froid dans le dos. Oublier ce sujet. Elle passa à autre chose. Quand on ne peut pas supporter quelque chose, il faut juste l'oublier. Wonderland n'avait pas que des mauvaises choses. Elle participait à l'évolution de la réflexion de Léna. Un seul bon point pour ce fichu monde. Ils ne savaient pas la chance qu’ils avaient, tous ces milliards d’êtres humains qui vivaient encore là- bas, peinards dans leur vie peut-être monotone mais qui ne risquait pas de vous briser et de vous réduire à néant en quelques mois seulement. Un simple changement de monde et vous perdez tout. Radical comme solution. Morale de l’histoire : si vous voulez vous reformater, venez à Wonderland, j’échange ma place contre vous volontiers ! Trêve de plaisanteries. Ce monde était tout sauf amusant.

Revenons-en plutôt à ce que la blondinette avait dit à Léna avant qu’elle ne se braque mentalement contre elle. Techniquement, il y avait de quoi, lorsqu’on vous prend pour un phénomène de cirque. Mettant de côté son animosité pour toute chose qui osait vivre dans ce monde, elle se concentra sur ce qu’elle lui avait dit. Elle lui dit « N’aie pas peur » comme à un enfant qui a peur de l’orage, de plonger du bord de la piscine de peur de se blesser. Elle n’avait plus peur de l’orage. Elle avait désormais peur du monde entier, ce qui était évidemment bien pire. Les répliques cinglantes restèrent emprisonnées dans sa gorge. Trop de bonnes manières inculquées au fil des ans, seul trait de caractère qui la maintenait attachée à sa maison d’enfance. Si véritable enfance elle avait eut, terrée dans un manoir sombre et bourré de meubles ayant pour seul objectif d’en mettre plein la vue aux innombrables visiteurs aussi riches que ses parents. Toutes ces choses superflues avaient fait parti du quotidien de Léna, et la voilà habillée comme une fille de classe tout à fait modeste, sweet-shirt ample, jean’s et baskets usées. Bien. L’autre lui avait au moins appris que si elle restait loin, ces arbres dégénérés ne viendraient pas la chercher. Elle n’avait pas de terme qui lui vint pour nommer la fille que « l’autre », surnom qui lui allait comme un gant et qui lui était venu tout naturellement. L’autre s’approcha, et grignota la moitié de la distance que Léna avait mise entre elles, qui était le maximum pour une fille qu’elle ne connaissait pas et qui pouvait la bouffer tout cru au cas où c’était un monstre. Le cœur de Léna rata un battement en pensant qu’elle pouvait s’approcher encore plus près. Si elle faisait un pas de plus, elle courrait. Mais la fille s’arrêta et sembla chercher quelque chose dans ses poches, avant de renoncer puis de recommencer avec des poches intérieures. Sans le moindre état d’âme, comme si ce n’était pas l’autre qui l’avait prononcé de son plein gré, elle lui demanda ce qu’elle faisait ici.

Ce qu’elle faisait ici ? Ce qu’elle faisait ici … ? Elle ne faisait rien ici. Elle ne faisait que marcher, chercher une issue inexistante. Elle ne voulait rien avoir à faire ici, et partir, oublier cet endroit et retrouver tout ce qu’elle connaissait. Mais pourquoi cet endroit austère de Wonderland plutôt qu’un autre endroit austère de Wonderland ? Finalement, c’était une bonne question. Elle songea quelque instant, les yeux levés vers le ciel, comme chaque fois qu’elle réfléchissait, puis elle daigna accorder un regard à l’autre.

« Je trouvais cet endroit joli, et j’ai ressentis quelque chose d'étrange en effleurant ces arbres. Et ne vous avisez pas de vous approcher plus. C’est déjà trop près à mon goût. »

Comme dans l’optique d’illustrer ses propos, la demoiselle fit quelques pas en arrière, et reprit un quart de sa position initiale. C’était bien mieux. Une question effleura son esprit. Juste une dernière question et elle ne l’ennuierait plus. Jusqu’à la prochaine.

« Je m’appelle Léna. Et vous ? »

C’est qu’elle en a dans la tête, ma noiraude.
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MessageSujet: Re: Devoid of Meaning.   Mer 9 Mar - 15:41

[Jm’en étais doutée mais ça me faisait rire >w< /VLAN/]
Musset. La Nuit d’Août, le Poète.

Puisqu'au fond des forêts, sous les toits de verdure,
On entend le bois mort craquer dans le sentier,
Et puisqu'en traversant l'immortelle nature,
L'homme n'a su trouver de science qui dure,
Que de marcher toujours et toujours oublier ;


If you want to get out alive,
Run for your life.


Gretel passa la langue sur ses lèvres sèches et renonça à trouver le bonbon qu’elle cherchait. Elle referma avec désinvolture la fermeture de son gilet jusqu’à sa poitrine et rajusta le col autour de son cou, et la capuche dans son dos. Elle se sentait à l’aise, en position de contrôle, ce qui était plutôt rare pour elle, mais en face de cette étrangère elle n’avait pas peur. Elle sentait son atout, elle voyait que l’autre avait plus peur qu’elle et paradoxalement cela la rassurait. Une part d’elle-même se représentait cette fille perdue comme un insecte rampant désespérément sur le sol, sans conscience de l’immensité au beau milieu de laquelle il se trouve, et qui lutte pour survivre, qui chaque seconde jette toutes ses forces dans cette bataille. Mais la plaine était vaste, la forêt sombre, la ville lointaine. Gretel aurait pu tourner les talons et s’enfoncer à nouveau entre les arbres, se laisser happer rapidement par l’Endless Forest et abandonner la brune à son sort qui ne tarderait certainement pas. Cette forêt, elle en était sortie une fois, et cela la poussait à croire qu’elle pouvait recommencer. C’était bien dans l’Endless que les chasseurs exerçaient principalement leurs capacités. Si l’on devenait un prédateur plutôt qu’une proie, on se rangeait aux côtés de la forêt, alors il n’y avait plus rien à craindre – si ce n’est tomber sur un prédateur plus gros. Des fourmillements couraient successivement le long de ses jambes, ses bras, ses épaules. L’appel de la forêt qui n’avait pas cessé de la hanter depuis qu’elle y était entrée s’était totalement volatilisé, et le grouillement de la végétation ne la dérangeait plus maintenant qu’elle en était éloignée de plusieurs mètres. Son attention était entièrement focalisée sur la jeune fille aux yeux violets qui la dévisageait avec un air assassin. Gretel savait que c’était mal de mépriser les gens. Elle savait que c’était une erreur de les sous-estimer. Mais elle ne pouvait pas s’en empêcher. Cette fille avait terriblement besoin d’aide, toute son attitude criait sa détresse, et pourtant elle réagissait agressivement en face de la blonde. Elle cachait ce besoin d’être secourue avec obstination, comme un animal blessé.

Lorsqu’elle prétendit avoir trouvé l’endroit joli, Gret’ eut sincèrement envie de rire. Mais elle sentait que ce n’était pas le moment et elle n’avait pas envie que cette furie lui saute à la gorge malgré sa quasi-certitude de parvenir à s’en tirer en cas de bagarre. Ensuite, l’étrangère lui intima de ne plus s’approcher. Pour qui se prenait-elle ? Elle ne pourrait pas jouer les dures très longtemps. Une fois de plus l’adolescente sentit le rire monter, ainsi que l’envie de dire « Très bien ! Alors je te laisse à ta promenade ! » et de faire demi-tour en la plantant là. Elle se contenta d’un petit sourire narquois à peine dissimulé, après tout ce n’était pas elle l’intruse, elle n’avait pas besoin de faire des manières. Si cette fille avait décidé de ne pas accepter son aide c’était son problème. Cette dernière recula, le sourire de l’héroïne s’élargit un peu malgré la lutte acharnée qu’elle menait contre le fou-rire. Pour qui allait-elle passer ? Elle ne se connaissait pas ce côté de petite peste, et sa découverte l’étonnait, la rebutait et lui plaisait à la fois. Elle se laissait emporter par la sensation de puissance, cela ne la mènerait nulle-part. Elle allait finir par se mettre la brune sérieusement à dos, et malgré tout elle voulait éviter cela, parce que cette étrangère lui inspirait une curiosité dévorante et qu’elle voyait dans ses yeux violets affolés que la légende de l’autre monde était vraie et que si elle parvenait à la faire parler, elle ne serait pas déçue. Elle avait bien fait de venir jusqu’ici et de s’aventurer dans la forêt. De plus, les deux jeunes filles étaient absolument seules, coincées entre la lande et le ventre grouillant et obscur de l’Endless. La brune n’avait donc nulle part où aller malgré la méfiance féroce qu’elle semblait vouer à l’adolescente.

Elle affirma s’appeler Léna. Gretel savait que ce nom était également porté par certains habitants de Wonderland. Elle songea que cette fille pourrait vraiment se faire passer pour une héroïne si elle s’en sentait l’envie, à condition de ne pas croiser un chasseur – ou sa sœur jumelle – au coin de la rue. Mais le héros moyen n’y aurait vu que du feu, c’était certain. Cette pensée était troublante ; combien d’étrangers pouvaient bien avoir infiltré Wonderland à l’insu de tous ? Gret’ se souvint avoir déjà ressenti cet enivrement, cet instinct de prédateur, mais à ces moments là elle ne se serait doutée pour rien au monde que cette sensation avait été causée par la présence proche d’un étranger. Elle avait pris ça pour un sursaut, un battement de cœur particulièrement profond ou quelque chose de ce genre. Et puis, cela n’avait jamais eu rien à voir. Dans la foule et la vie continuellement saccadée de Purple Town, il était très difficile de percevoir l’aura d’un étranger, même son frère le lui avait dit. Alors qu’en ce moment même elles étaient seules, loin de tout, encore tout enveloppées de la magie obscure de la forêt, les conditions étaient idéales. Une infime trace de sang tachait la peau de Léna, juste sous sa lèvre inférieure. Elle l’avait foudroyée du regard, évitée, vouvoyée… Comment ne pas se sentir en position de force à présent ? Et puis après toutes ces manifestations de son malaise, comment la brune pouvait-elle espérer le cacher ? Pourtant elle n’en démordait pas, sans doute s’accrochait-elle au désir de se réveiller d’un mauvais rêve et de s’échapper de cet endroit. Gretel faisait tout ce qu’elle pouvait pour ne manifester ni pitié, ni mépris, ni condescendance, mais c’était très difficile. Elle poussa un soupir et haussa les épaules, tout cela n’avait aucun sens. Un coup elle écoutait la partie d’elle-même qui se montrait méfiante, méprisante et dominatrice face à l’étrangère, un coup elle cherchait à se montrer avenante et amicale, l’encourageant à se décontracter. S’embrouillant tout à fait dans ses propres pensées, elle lâcha :

- Moi c’est Gretel. Écoute, tu ne peux pas lutter contre Wonderland. Rends-toi à l’évidence, tu es ici pour un moment. Si tu restes plantée là comme une souche alors que la nuit va tomber dans quelques heures, je ne donne pas cher de ta peau.

Elle reconnaissait qu’elle avait parlé un peu sèchement lors que sa dernière phrase, mais il était indispensable que la jeune fille réalise où elle se trouvait, les risques qu’elle courait et la chance qu’elle avait eu de tomber sur une héroïne pacifique. Enfin ‘pacifique’, disons que la blonde n’avait pas encore pris de décision. Mais si Léna acceptait de se montrer moins bornée, peut-être serait-il possible de dialoguer. Après tout elle faisait ce qu’elle voulait, et si ce qu’elle désirait consistait à attendre ici bien gentiment quelqu’un dont la tête lui reviendrait un peu plus, elle ne l’en empêcherait pas. Ou peut-être que si tout compte fait ; étrangement, elle ressentait de la sympathie envers elle et malgré l’idée que c’était une intruse et que sa présence était contraire à l’ordre des choses, elle ne se voyait pas l’abandonner tout simplement et partir la conscience tranquille. Elle se sentait prête à l’aider. Déstabilisée, elle dévisagea encore la nouvelle venue. Elle avait un regard haineux qui la glaça dans son élan d’humanité. En elle, une petite voix persifflait « Gretel, voyons, tu ne vas pas t’apitoyer sur son sort, ce n’est qu’une étrangère. Elle ne mérite pas ton indulgence, elle refuse ta charité. Dédaigne-la. Tu aurais pu jeter ton dévolu sur n’importe qui, le premier clochard venu. Pourquoi gâcher ta générosité avec elle ? ». C’était odieux. Parfaitement odieux. Elle secoua ses cheveux blonds et décida de faire taire cette voix insupportable. Ignorant l’injonction de Léna, elle s’avança vers elle et s’apprêta à tendre le bras pour lui prendre la main, mais le souvenir du regard assassin qu’elle lui avait lancé l’arrêta et elle se contenta de s’immobiliser près d’elle.

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MessageSujet: Re: Devoid of Meaning.   Sam 12 Mar - 11:40


    [ Mouais x 3. ]


    How to save a life ~ The Fray.

    Step one you say we need to talk
    He walks you say sit down it's just a talk
    He smiles politely back at you
    You stare politely right on through
    Some sort of window to your right
    As he goes left and you stay right
    Between the lines of fear and blame
    And you begin to wonder why you came

    Where did I go wrong, I lost a friend
    Somewhere along in the bitterness
    And I would have stayed up with you all night
    Had I known how to save a life


La demoiselle avait conscience qu'elle ne devait inculquer qu'une chose à cette fille : ce que sa mère ressentait pour les pauvres. A cette pensée, elle eut un sourire amer. La jeune fille se souvenait parfaitement du regard dédaigneux et de la pitié dégoulinante que sa mère adressait à ces enfants aux minois adorables. C'était une des seules fois où elle avait accompagné sa mère : pour une œuvre caritative. C'était juste histoire de faire semblant qu'elle s'intéresse aux enfants défavorisés ; il n'en était rien. Elle s'en fichait comme d'une guigne et s'en moquait ouvertement avec ses amis et ses collègues. Léna avait toujours ressentit un profond dégoût pour sa mère ; il n'en fut que plus grand encore. Elle haïssait déjà cette femme aux mille et un bijoux et aux robes toujours à la pointe de la mode, taillée par de grands stylistes et tout le bazar. Elle tenait même à ce que sa fille soit habillée chez les mêmes grands couturiers qu'elle " pour éviter une faute de goût " disait - elle ! La gamine s'était toujours sentie à l'étroit et salissait ces somptueuses robes, tant et si bien qu'on finit par ne plus lui en acheter, à son grand bonheur. La vie de petite aristocrate n'avait rien d'enviable. Emprisonnement, éducation pointilleuses, bonnes manières et enfermement. Plus elle restait en Wonderland, plus elle remettait son jugement en cause. Quelle vie était la meilleure ? Celle qu'elle vivait actuellement, ou celle qu'elle vivait dans l'autre monde ? La question valait la peine d'être posée, mais elle n'avait toujours pas de réponse à celle - ci. Après tout, avoir une réponse à cette question l'avancerait-elle ? La jeune fille en doutait. Mais puisqu'elle aimait penser et se poser des questions, pourquoi pas ? Les yeux rieurs de l'Autre ne faisait que témoigner ce qu'elle était certainement aux yeux de tous ces infâmes habitants de Wonderland : un phénomène de cirque. Presque un divertissement.

L'Autre semblait renoncer à ses fouilles. Son regard ... Léna sentait encore la haine monter en elle. Elle la détestait, la détestait, la détestait. Une question effleura l'esprit de la jeune fille. Devait-elle qualifier ce qu'elle vivait de rêve ou de cauchemar ? Dans un sens, c'était un rêve. Elle qui, depuis qu'elle était gamine, avait rêvé de se trouver dans un monde imaginaire. Oui, mais pas celui-ci. C'était un monde parfait. Ce pouvait être un monde autrefois parfait en pleine décadence ? Non, il semblait être ainsi depuis la nuit des temps. La demoiselle en revint à l'Autre. N'importe qui de sensé l'aurait plantée là. Pourquoi s'obstinait-elle ? Serait-elle chasseuse ? Non. Réfléchissons avec méthode, comme dirait le prof de math. Si elle était chasseuse, elle aurait perçu sa faiblesse depuis belle lurette et lui aurait sauté au cou, non ? Mais si il lui venait l'envie de se divertir un peu avec sa " proie ", alors l'attente devenait sensée. L'Autre pouvait être chasseuse. Finalement, ça aurait peut-être mieux valu de ne pas réfléchir pour en arriver à de telles conclusions. Donc, continuons. L'Autre ne pouvait par contre pas être un monstre. Un monstre ne se contrôle pas et n'aurait pas pu s'accorder l'immense plaisir de la torturer de la sorte. Dernière possibilité : cette fille était un héros. Possible, vu qu'il n'y avait aucun signe particuliers qui différenciait les chasseurs des héros. Récapitulons : ou elle pouvait la tuer sans même s'essouffler, ou bien elle se foutait ouvertement d'elle et elle ne voyait pas pourquoi elle ne l'avait pas encore fuie. Évidemment, Léna préféra croire que c'était un héros. C'était plus facile, plus rassurant. Mais c'était dangereux d'écarter cette possibilité. Il ne faut pas parler aux inconnus, Léna. Et encore moins se promener dans une forêt immense et bizarre dans laquelle tu pourrais faire de mauvaises rencontres. Sale gosse curieuse.

Cette fille avait de drôles de sautes d'humeur. De temps à autres elle était presque sympathique. Quelques secondes plus tard, le turquoise de ses yeux était noyé par le mépris. A chaque fois que la demoiselle analysait ce sentiment chez l'Autre, elle avait envie de lui cracher dessus de dégoût. Le rapprochement avec sa mère était insupportable. Cette graaaande dame qui se prétendait pleine de bonté n'était qu'une femme; noyée par son égo et la pitié dont elle faisait preuve pour les plus faibles qu'elle. Léna se demanda soudain à quoi pensait sa mère lorsqu'elle la voyait ou songeait à elle. Mais vu qu'elle venait rarement rendre visite à sa fille et qu'elle ne pensait jamais à elle sauf pour affirmer qu'elle avait une descendance et que " sa fille était adorable n'est-ce pas ? ", elle ne pensait jamais à elle. Pas de toute sa journée, peut-être pas pendant des mois. Léna ne lui avait jamais manqué, elle le savait bien et la détestait pour ça. Elle détestait ceux qui se croyaient supérieurs, avec ce petit air hautain qui leur est propre. Ce petit air hautain qu'elle avait relevé chez l'Autre. Alors c'était cela qu'elle haïssait tant chez cette fille et chez les habitants de Wonderland. Leur supériorité. Même loin de son monde, son enfance et ses odieux parents arrivaient à accaparer toutes ses pensées, rien qu'à cause de leur supériorité. C'était cela qui était insupportable. Pas l'étrangeté de ce monde, pas le danger qui y régnait. Ce qui la répugnait ici, c'était ce seul trait de caractère commun à tous. Elle savait qu'elle était différente des autres, que sa peur inspirait le mépris, la puissance d'être plus fort que l'opprimé. Dans son monde, elle était déjà une étrangère. Différente en tous points aux jeunes de son âge. Elle adorait lire, rester chez elle, ne pas voir un seul visage de la journée ne l'incommodait pas le moins du monde. La solitude était son palais, et elle l'habitait comme sa gouvernante suprême. Elle avait toujours quêté cette ressemblance improbable avec un adolescent sensé et totalement normal, banal. Même dans son monde, elle avait été étrangère. Alors finalement, en quoi Wonderland était-il différent à la Terre ? Peut-être que ce qu'elle ressentait, c'était juste la peur du nouveau, du renouveau. Elle avait peur de se perdre à nouveau, de ne pas retrouver quelqu'un pour partager avec elle tout ce qu'elle avait partagé avec Heïdi. La jeune fille était la seule chose de Léna regrettait. Mais pas qu'un regret vague, un regret immense. Une part d'elle souhaitait intensément qu'elle soit aussi passée de l'autre côté du miroir, l'autre priait pour que ce cauchemar ne lui soit pas arrivé à elle non plus. Pourquoi elle ? A ce moment-là ? Elle secoua vaguement la tête. Ces questions ne servaient à rien et n'engendraient que d'autres questions sans réponses.

L'Autre parla alors, crevant sa bulle de pensées. Gretel. Ce nom sonnait bien. Ses yeux violets escaladèrent la voûte céleste. Elle aimait regarder le ciel. Encore plus si c'était pour échapper aux yeux turquoises de l'Autre. Enfin, Gretel. Elle écoutait cependant avec la plus grande attention ce qu'elle disait, malgré son air évasif et ses yeux se perdant dans la couleur étrange du ciel. Violet ? Bleu ? Elle ne savait pas trop. La blonde insistait sur le fait qu'elle était piégée. Elle la croyait incapable de raisonner, ou voulait remuer le couteau dans la plaie ? La réponse à cette question ne l'avancerait pas vraiment. 'un ton sec, presque cassant, Gretel la mit en garde contre les dangers de la forêt à la nuit tombante. Léna dû bien admettre que ce n'était pas rassurant et très sûr de se promener le jour révolu. C'est ce qu'on lui avait dit, apprit, et c'est ce qu'on venait de lui répéter. Certaines mises en garde devaient alors être vraies. Son visage redescendit et elle gratifia de nouveau l'Autre d'un regard assassin. Elle haussa les épaules et leva à nouveau la tête vers le ciel. Ocre ? Mauve foncé ? Lorsqu'elle jeta un coup d'œil à Gretel, elle vit celle-là marcher vers elle. Immobile, Léna l'observait s'approcher. Elle s'arrêta à à peine un mètre d'elle, et sembla esquisser un geste. Soit il ne fut en aucun cas question d'un geste vers elle, soit elle y avait renoncé. Et c'était mieux ainsi. Un instant, Léna eut l'envie de la pousser, de la faire s'écrouler à terre. Elle renonça à cette idée en fermant doucement les yeux. De nouveau, son regard se dirigea vers le ciel.

« Tu ne renonces jamais, hein ? »

Exaspérée comme face à un enfant capricieux, Léna n'en était pas moins plus calme. Elle avait abandonné l'emploi du vouvoiement, piétinant sa bonne éducation qui lui imposaient de s'adresser à la seconde personne du pluriel à un inconnu même si il était du même âge qu'elle. La lueur assassine avait quitté ses yeux et était même remplacée par une pointe amusée. Minuscule. Infime. Mais elle était encore noyée par la méfiance. Comment ne pas se méfier d'un inconnu qui pouvait soit être dans la capacité de vous tuer, soit d'être inoffensif ? La demoiselle hocha légèrement la tête sur le côté. Elle commençait à apprécier ce ciel. Noir ? Indigo ? Elle leva le bras et pointa un index vers le ciel.

« De quelle couleur est ce ciel ? »

L'emploi du " ce " était tout à fait volontaires. Elle ne voulait pas l'appeler le ciel pour la simple et bonne raison que le ciel serait à jamais celui de son monde. Ce ciel-là, c'était ce ciel. Ce n'était pas dans l'idée péjorative, cependant elle ne pouvait pas encore considérer ce monde comme son monde. Il lui faudrait bien plus que quelques mois pour s'habituer à ce ciel étrange, ses menaces qui planaient sur elle comme la mafia à ses trousses. Un vague sourire éclaira son visage. Il y avait aussi une sorte de mafia ici. Ce monde était-il donc si semblable au sien ? Mis à part les particularités surprenantes de certains lieux de Wonderland, ce monde n'était pas si distordu. Elle n'en sortirait peut-être jamais. Gretel avait raison, finalement. Elle se faisait bien des illusions en croyant qu'elle pourrait fuir les gens et les choses éternellement. Elle ne retournerait peut-être jamais dans son monde. Mais arriverait-elle à reconnaître un jour ce monde comme le sien ?
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MessageSujet: Re: Devoid of Meaning.   Lun 14 Mar - 17:14

    Evanescence - Imaginary

    I linger in the doorway
    Of alarm clocks screaming
    Monsters calling my name
    Let me stay
    Where the wind will whisper to me
    Where the raindrops
    As there falling
    Tell a story

    In my field of paper flowers
    And candy clouds of lullaby
    I lie inside myself for hours
    And watch my purple sky fly over me

Léna leva ses yeux violets vers le ciel sombre et la blonde fit de même. Les rayons du jour déclinaient petit à petit et ce plus tôt que Gretel ne l’aurait pensé. La nuit était en avance dans cette région de Wonderland, ou peut-être avait-elle séjourné plus longtemps qu’elle ne l’avait cru dans l’obscurité de l’Endless Forest. Il y avait malheureusement de quoi s’inquiéter, car ici toutes sortes de choses apparaissaient la nuit, rôdant ou tout simplement errant aux alentours des villes et villages, attirés pas les hommes et leur vulnérabilité inconsciente. Ici, elles étaient en danger aussi bien l’une que l’autre, mais seule l’adolescente mesurait réellement la portée de ce danger. L’arrivée du crépuscule la rendait nerveuse et elle se tenait sur ses gardes. Les ombres des arbres de la lisière de l’Endless s’allongeaient vers elles et il semblait à la jeune fille que les silhouettes rampant sur l’herbe étaient mues par une volonté propre, comme indépendantes des branches immobiles, elles grouillaient, se tortillaient en direction des deux demoiselles. Elles avaient gagné au moins un mètre l’air de rien. Il ne fallait pas les perdre de vue. Du coin de l’œil, Gret’ surveillait les ombres mouvantes et regardait à la fois la brune, qui pour sa part ne se rendait compte de rien et contemplait le ciel, feignant de l’ignorer. Pourtant elle avait sans aucun doute écouté ce que l’héroïne venait de lui dire. Celle-ci décida de lui laisser encore un moment pour se décider. Si au moment où les ombres les atteignaient, elle n’avait pas pris la décision de la suivre, alors elle partirait seule. Cette tête de mule prenait ses propres décisions, maman ne serait pas toujours là pour la couver ! A voir sa pauvre mine de petite fille abandonnée, Gretel sentait la rage monter en elle. Elle qui s’était toujours débrouillée seule avec son frère, même dans Purple Town, cette ville où le moindre faux pas peut vous valoir de vous faire renverser par un énorme véhicule vrombissant ou bien piétiner par une foule aveugle et compacte. Elle n’avait jamais eu ni père ni mère. Eh bien ! Elle avait fait sans, personne ne l’avait jamais mise en garde excepté son frère lorsqu’ils étaient encore très jeunes. Mais aux alentours de ses onze ou douze ans, elle était devenue totalement autonome, indépendante, capable même de se défendre dans le pire des cas. Elle s’était déjà faite agresser un nombre de fois incalculable et s’en était tirée. Elle était un jour allé jusqu’à Bad Sea et avait failli être attrapée par une bestiole. Et, aujourd’hui même, l’Endless Forest l’avait ensorcelée et attirée au beau milieu de ses ténèbres et pourtant, était-elle morte ? Qui l’avait aidée ? Qui l’avait prévenue ? Qui l’avait surveillée ? Personne !

La noiraude lui lâcha une réponse exaspérée. La jeune fille serra les dents. De quel droit lui parlait-elle de cette façon ? Pourquoi ne comprenait-elle pas à quel point elle était mal placée pour lui faire la moindre remarque ? Pauvre fille. Petite étrangère pourrie gâtée. Cesse de faire ces mines qui m’insupportent, elles ne m’impressionnent pas. Au lieu de mettre tous tes soins à me rabaisser et à me faire bien sentir que tu te fous de ce que je te raconte, regarde un peu autour de toi ! De quel monde viens-tu donc ? Elle s’imagina en train de lui envoyer une superbe claque, son bras la démangeait mais elle se retint. Elle n’avait aucune raison d’insister et de tirer de force cette gosse du pétrin. Inutile de s’encombrer d’une intruse qui refusait de faire face à la nouvelle réalité dans laquelle elle était immergée ; seule elle ne survivrait probablement pas jusqu’au lendemain matin. La blonde avait bien mieux à faire : par exemple quitter elle-même cet endroit déplaisant et dangereux. Les ombres avaient progressé d’une trentaine de centimètres. En regardant au-dessus d’elle, l’adolescente se rendit compte qu’un très fin brouillard orangé était porté par le vent. Léna, elle, n’avait probablement pas fait la différence entre cette brume et une teinte du déclin du jour. Mais justement, il ne s’agissait pas de cela. Gretel sentit une sueur froide glacer son front. Elles avaient encore un peu de temps, le nuage était encore haut. Cela ajoutait une chose à surveiller comme le lait sur le feu : les ombres, la fumée orange, la gamine irresponsable et aussi dangereuse pour elle-même que pour l’héroïne. Une fois les ombres aux glissements de serpent arrivées à leurs pieds, elle se promit de courir vers la prairie, de dévaler la pente et de s’abriter dans les hautes herbes, pour être à l’abri des ombres, hors de portée du brouillard et à peu près invisible aux yeux d’éventuels animaux, monstres, et autres. Pourvu que Léna n’ait pas l’idée fabuleuse de la suivre en agitant les bras et en beuglant à ce moment là.

Justement, la demoiselle lui demanda de que couleur était “ce” ciel. La blonde ferma les poings d’un mouvement lent et crispé pour se contenir encore un peu ; en espérant que cette chère petite ne s’en soit pas aperçue. Car il fallait bien avouer que même si elle était une véritable potiche, capricieuse, méprisante, insupportable et incapable de même constater objectivement où elle se trouvait, elle avait un talent incontestable pour le superficiel, le soi-disant philosophique, et toutes les imbécilités qui s’en suivent. Haussant l’un de ses fins sourcils blonds, Gret’ se demanda combien de temps il restait à vivre à cette pauvre créature qui se tenait en face d’elle. Si quelque miracle ne se produisait pas, plus beaucoup à son humble avis. Que pouvait-elle bien lui répondre ? Le ciel était le ciel. En un autre lieu à un autre moment, hors de danger, peut-être se serait-elle laissé aller au lyrisme – bien volontiers même –, mais pas maintenant. Elle contempla encore le visage lisse de Léna. Tout dans le comportement de cette fille la mettait en rage mais au fond d’elle, cela la désespérait aussi. On voyait bien à la manière peu assurée dont elle se tenait et au soin qu’elle avait mis à coiffer ses cheveux sombres et à nettoyer sa peau pâle qu’elle n’avait jamais affronté la pauvreté, le dénuement, ou tout simplement qu’elle ne s’était jamais retrouvée livrée à elle-même avant son arrivée à Wonderland. Elle était si pitoyable, si vulnérable, si inexpérimentée… Quelle pitié. Et… Comme Gretel l’enviait. Les larmes lui vinrent aux yeux, sans les rougir, elle était bien trop belle pour ça. Mais ses iris brillèrent un instant. Elle se ressaisit, rouvrant ses paumes où la marque de ses ongles s’était imprimée dans un arc de cercle régulier. Il existait donc des filles qui n’avaient jamais eu à ses soucier de savoir si elles trouveraient de quoi manger le lendemain, qui n’avaient jamais dormi sur les dalles glacées et humides d’un toit d’immeuble, avec un ciel pluvieux comme abri et une couverture pour deux ? Pour la blonde, cela avait été le prix de la vie. Plutôt se geler sous la pluie à la belle étoile que dormir à l’abri sous une enseigne de magasin, sur du bitume puant, entouré de passants goguenards ou de clochards agressifs et puants. Plutôt grelotter et avoir le ventre creux qu’accepter la charité. Elle n’avait pas de parents. Eh quoi !? Ne méritait-elle pas autant de respect qu’une autre ? Personne ne lui parlerait comme ça, personne ne la mépriserait, personne ne ferait semblant de ne pas la voir, comme lorsqu’elle et son jumeau s’étaient retrouvés contraints de mendier, personne ne l’ignorerait plus jamais ! Elle s’était sentit tellement minable. Le comportement qu’avait cette étrangère avec elle faisait ressurgir en elle de la honte. Du dégoût pour elle-même. Une impuissance douloureuse. De la haine. De la haine, de la haine, de la haine !! Elle se raidit, se sentant perdre le contrôle de ses gestes. Faisant un pas, elle empoigna Léna par l’épaule, s’accrochant à sa veste. Les mots s’échappèrent de leur propre chef.

- Écoute, siffla-t’elle, les yeux plissés. Écoute parce que je ne répéterai rien de ce que je vais te dire maintenant. Les ombres de la forêt nous ont presque rattrapées. Lorsqu’elles nous atteindront, je veux que tu aies fait ton choix. Suis-moi ou je te laisse mourir ici. Non, je n’abandonne jamais lorsqu’il s’agit de ma vie, mais pour toi je n’hésiterai pas une seconde. En ce qui concerne le ciel, il a la couleur de ta mort. Les spores de la forêt se rapprochent et crois-moi, courir ne suffit pas. Si tu les inhales, c’est terminé. Ça t’arrivera peut-être. Pas à moi. Je partirai avant.

Son regard glissa vers le sol. Vingt centimètres. Elle serrait si fort l’épaule de la jeune fille qu’il lui était impossible de bouger. Dix-sept centimètres. Gretel la fixa dans les yeux. Elle se rappelait très distinctement chaque visage, chaque démarche, chaque regard qu’elle avait croisé lors de son enfance. Ils avaient tous ressemblé à celui que l’adolescente lui avait adressé un instant plus tôt. Elle baissa encore le regard. Quinze centimètres. Quatorze. Décide-toi, petite. Elle se reporta au visage de Léna. Elle sentait son pouvoir se diffuser dans l’air autour d’elle, presque palpable. Ses iris devaient être d’un bleu-vert abyssal, sans fond. Onze centimètres.
Dix.

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MessageSujet: Re: Devoid of Meaning.   Dim 3 Avr - 14:50



Le quetzal est un oiseau qui meurt si on le met en cage. Ou plutôt se laisse mourir. Dès que l'on s'avise d'enfermer ce bel animal dans la simple idée d'en faire un animal de captivité, il se laisse mourir et adieu le bel oiseau. Les hommes en croyant bien faire et en voulant posséder ce splendide animal, ne font que l'assassiner d'une manière particulièrement odieuse. Plutôt mourir que de vous laisser m'ôter la liberté, semble dire l'oiseau. Ces êtres sont-ils donc si égoïstes, pour tuer sans l'ombre d'un scrupule un animal qui ne demande qu'à être libre ? Peut-être sont-ils jaloux de cet amour de la liberté. Peut-être veulent-ils posséder la liberté, y participer. Pourquoi fallait-il payer si cher ce simple sentiment ? Pourquoi pleurent-ils, tous ceux qui l'ont, comment arrivent-ils encore à se plaindre ? Après tout, elle aussi elle n'arrêtait pas de se plaindre. Elle se demandait pourquoi elle ne profitait pas un tant soit peur de cet endroit. Quitte à ce que ce soit sa prison à jamais, pourquoi n'en profiterait-elle pas ? Elle songea au Smile Park dont on lui avait vaguement parlé. Une sorte de parc d'attraction pour les héros, monstres et mafieux en tous genres. Le danger y était peut-être présent, mais qui sait si la foule ne la cacherait pas mieux que dans une forêt ? Elle se sentirait peut-être même encore plus en sécurité que dans cette fichue ville violette. Comment on l'appelait ici, déjà ? Ah oui. Purple Town. Ils étaient vraiment ... originaux ici. Enfin. On ne peut pas critiquer, vu que cela sied à merveille à cette cité toute de violet vêtue. Elle se demandait aussi si c'était elle ou l'autre qui n'était pas réceptive. La communication était houleuse et disons que Léna n'arrangeait pas vraiment les choses en se montrant aussi méfiante qu'un chaton effrayé. C'était peut-être elle, le problème ? Mais cette Gretel avait eut une fois ou deux des sautes d'humeur si ... déroutantes ? Un coup elle était avenante, l'autre elle semblait se jouer d'elle. Schizophrène ? Sait-on jamais. Mais pourquoi chercher une logique ? Elle n'aurait jamais de réponses à ses questions, sa logique s'effondrerait de toutes façons. Il fallait être fou à lier pour vivre ici. Non, Léna. Il ne faut pas rejeter la faute sur les habitants de ce monde. Il faut s'adapter, t'y faire et arrêter de prendre les autres pour des dingues, schizophrènes ou souffrant de je ne sais quelle autre pathologie.

Elle avait toujours vécu dans son château et avait toujours attendu le prince charmant qui lui enfilerait sa pantoufle de verre, comme dans les contes. Où était-il, ce prince ? Elle l'attendait depuis si longtemps ... Elle ne savait même pas pourquoi elle considérait si mal ce monde. La différence lui faisait peur. Le nouveau la faisait prendre ses jambes à son cou. Pourquoi courir, Léna ? Reste ici, et regarde un peu. Certes, ce monde n'est pas très beau, dangereux et te rend folle. Mais pourquoi te laisser te détruire ? Réagit, joue avec ce monde, accepte-le et il tolérera que tu sois ici. Pour l'instant, tu as tous les atouts pour être la meilleure proie. Peureuse, terrifiée, tu as tout de la souris traquée par le chat. Quand cesseras-tu de courir, Léna ? Quand arrêteras-tu d'avoir peur ? Regarde un peu. Ou ferme les yeux ... à jamais. Te laisserais-tu vaincre si facilement ? Tu es bien une gosse de riches, ma pauvre. Pas une once de combativité, pas un soupçon d'instinct de survie. Tu es juste stupide et bien naïve. Qu'est-ce que tu n'as pas comprit, Léna ? Que tu ne pouvais pas survivre en te cachant ? Même un enfant de six ans est en mesure de le comprendre et de le retenir. Je me demande pourquoi cette fille s'entête. Tu ne vaux pas grand-chose, seule. Juste une fourmi qu'on écrase par mégarde. Juste une poussière qu'on chasse d'un revers de la main. Ne cherche pas un monde parfait. Tu n'en trouveras pas. Rectification : jamais. Je n'ai pas le bonheur de te comprendre. Que veux-tu, Léna ? Mourir ? Si c'est le cas, tu es sur la bonne voie. Pendant que tu es en pleine extase devant ce ciel, comme une imbécile, la mort approche.

Léna sursauta lorsque Gretel crocheta l'épaule de son sweat-shirt. Ses yeux violets s'élevèrent, interrogateurs. Qu'est-ce qu'elle voulait, encore ? Allait-elle encore devoir subir l'une de ses sautes d'humeur ? Allons bon. Léna eut une réaction de fille de riches, une fois de plus. Mépris. Rejet. Elle apitoyait cette fille, cette fille l'apitoyait. Pourquoi pas ? Tu crois être mieux que moi, ma jolie ? Tu crois savoir plus ? J'aimerais bien te voir, moi, dans mon monde. Te voir te perdre, devenir folle, te faire massacrer par un dealer au coin de la rue. Te regarder avec un sourire enchanté, bras dessus bras dessous avec Heïdi. Te laisser te débrouiller, te suivre partout où tu vas sans t'aider mais simplement te regarder, analyser tes mouvements, te voir, pauvre petite chose fragile dans ce monde inconnu. J'adorerais te voir comme moi dans mon monde. Mais comment savoir si Gretel réagirait comme Léna ? A part trouver le phénomène inverse à celui de Léna, peu de moyens étaient à sa disposition. Gretel articula des mots avec précision. Cela ressemblait à des menaces. Léna intimidée, observa ses yeux se plisser. Elle ne rigolait plus du tout. Avait-elle plaisanté, déjà ? Elle lui parla des ... ombres de la forêt ? La demoiselle aux cheveux noirs était dubitative, mais n'osait pas ne pas la croire. On ne pouvait pas simuler un tel sérieux, une telle gravité. Elle répondit sèchement à sa question. En ce qui concerne le ciel, il a la couleur de ta mort. Léna la regardait, aussi sérieuse qu'elle. Elle se rendait compte que tout ce qu'il se passait ici n'était pas seulement étrange, mais également dangereux. Elle risquait sa vie en s'entêtant. Les spores, comme du poison en suspension dans l'air. C'était comme respirer les effluves d'un produit toxique.

A présent, elle voyait elle aussi les ombres ramper jusqu'à ses pieds. Elle étaient tout près. Elle eut soudain un sursaut, comme si on l'avait giflée. Elle prit la main de Gretel, qui lui broillait l'épaule, et observa brièvement son visage. Elle semblait être encore plus magnifique qu'avant ... Ce n'était pas le moment de penser à ça. Elle fit quelques pas en avant, tirant sur la main de l'autre. Ses yeux violets se plantèrent dans ceux de Gretel. Avait-elle la mémoire courte ou la teinte des yeux de la blonde avait-elle changé ? Franchement Léna, c'est pas le moment.

« On court, je crois ? »

Les ombres n'étaient plus qu'à quelques centimètres d'elle. Elle n'attendit pas la confirmation de Gretel et commença à galoper en évitant les lambeaux noirs sur le sol.
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MessageSujet: Re: Devoid of Meaning.   Mer 13 Avr - 14:33

    Stand up
    You've got to manage
    I won't sympathize
    Anymore
    And if you complain once more
    You'll meet an army of me
    And if you complain once more
    You'll meet an army of me
    You're alright
    There's nothing wrong
    Self-sufficience please!
    And get to work


Neuf, huit.

Léna était aveugle, aussi aveugle que si elle avait été endormie. Elle ne concevait pas que rester immobile puisse être dangereux. Mais Wonderland était un monde de mouvement perpétuel sans cesse en évolution, en expansion, et rester immobile dans Wonderland c’était être rattrapé par le mouvement anarchique d’une nature mortelle. Même au cœur de Purple Town, qui pourtant se prétendait le fruit d’une civilisation développée, on ne devait pas cesser de marcher, ou la foule nous jetait à terre et nous piétinait. Lorsque ce n’étaient pas les milliers de passants, c’étaient les véhicules lancés à une vitesse vertigineuse qui défiait le principe de toute auto-préservation. Ici se plaindre ne servait à rien, car si vous perdiez votre temps à protester vous étiez bien vite réduits au silence. Les hommes de pouvoirs, corrompus jusqu’à l’os, se fichaient bien du devenir du commun des mortels. Et au sommet de cette hiérarchie dont les membres étaient juchés sur des monceaux de cadavres comme s’il s’agissait de piédestaux, la Reine régnait en maîtresse absolue. Immortelle, impérissable, elle était le symbole du pouvoir et de la puissance de Wonderland. Certains la disaient vile et d’une cruauté sans égale, d’autres la vénéraient et lui vouaient une obéissance totale. Jamais Gretel n’avait vu la Reine, elle n’avait qu’aperçu son château, dont la silhouette élancée dominait Purple Town. La Reine de Cœur avait les moyens de se faire respecter et approuver de tous. Il arrivait à la police, qui se rapprochait plus d’une milice royale, d’arrêter les opposants qui étaient sans doute exécutés en secret par la suite. On étouffait les protestations, on tordait le cou aux révolutionnaires. Alors on se taisait, et on marchait droit. Les pauvres, une multitude d’anonymes auxquels on ne prêtait aucun égard, s’appauvrissaient d’avantage, les quelques riches prospéraient grâce à la spéculation et aux divers pots-de-vin. D’un certain côté, la loi du plus fort était une loi simple, que les plus idiots comprenaient sans mal. Par ailleurs les agissements de la Reine et de la noblesse étaient si obscurs que le peuple n’avait aucune certitude. C’est peut-être mieux ainsi songeait Gretel, sans se douter de ce qui se cachait derrière ces mystères. Mais elle n’en était pas réellement convaincue. Elle sentait bien que derrière le bonheur feint des populations quelque chose d’autre se cachait, comme l’autre jour lorsqu’elle était entrée dans le Red Cabaret, lieu de jeux et de débauche, ses yeux lui avaient montré les fêtes et les voluptés auxquelles elle s’attendait, mais son esprit soupçonnait l’abîme de désespoir qui s’ouvrait devant elle, au milieu de la fumée et de l’alcool. Elle n’y avait pourtant pas prêté attention. Elle cherchait inconsciemment à se protéger de ce monde qui était pire que ce qu’elle imaginait. Même le renouveau économique qui était arrivé après la grande guerre n’avait pas fait évoluer les choses. Wonderland était enlisé dans l’obscurité et le mystère que jetaient les puissants sur le royaume.

Sept, six, cinq.

La brune lui attrapa brusquement le poignet et Gret’ pensa qu’elle cherchait à l’écarter d’elle, chose qui lui paraissait normale. Chacun pour soi, c’était la règle de base ici-bas. Mais au lieu de la rejeter loin d’elle, elle chercha à l’entraîner à sa suite lorsqu’elle se mit à courir, dévalant la pente dont l’herbe était secouée par le vent. Déstabilisée, l’adolescente la dévisagea tout en essayant de mettre un pied devant l’autre sans perdre l’équilibre. Elle réalisa avec surprise que cette solidarité dont la jeune fille faisait preuve lui rappelait son frère Hansel, un instant, la même détermination avait brillé dans ses yeux d’améthyste. La bouche de l’héroïne s’entrouvrit, ses yeux s’équarquillèrent. Une barrière tomba devant cette ressemblance, elle se sentait étrangement prête à accorder sa confiance à cette inconnue, alors qu'un moment plus tôt elle la détestait. Des images lui revenaient, confuses, troublantes, provenant de son enfance ou d'un passé plus récent mais qu'elle ne parvenait pas à situer précisément. Elle voyait un manège qui s'emballait, les écrous projetaient des étincelles, une étoffe premait feu ; puis elle était au milieu de la route, autour d'elle des gens couraient et criaient, et on voyait derrière la foule une énorme voiture noire qui approchait vite, vite, ses vitres teintées luisantes reflétant les néons de la ville. Et puis c'était une fenêtre qui donnait sur l'extérieur, la nuit. Soudain une tignasse blonde en bataille apparaissait, suivie d'un visage maculé de sang. Derrière il y avait des flammes, un immeuble qui brûlait. Lors de chacune de ces scènes, on lui avait pris la main avec fermeté et on l'avait tirée hors de danger. Pas cette fois, aujourd'hui elle ne serait pas un fardeau. L'héroïne se dégagea et accéléra, doublant Léna dans la pente. Au fur et à mesure que le sol s'inclinait, le vent sifflait plus fort à ses oreilles. Jamais elle n'avait couru aussi vite et ses enjambées ressemblaient plus à des sauts, chacune menaçant de la faire tomber. Ses mèches blondes lui fouettaient le visage et elle commençait à manquer de souffle. Et puis petit à petit, elle ne sentit plus le vent sur son cou. Pourtant elle n'avait pas ralenti, et l'inclinaison de la pente était la même. Elle tourna la tête vers Léna pour s'assurer qu'elle suivait. Puis incrédule elle leva la tête vers la forêt qui les surplombait, ses yeux s'équarquillèrent.

- Tu sens ? lui cria-t'elle, une lueur inquiète dans les yeux.

Un sursaut d'adrénaline la parcourut et elle se précipita vers la brune. Sa cheville se tordit en glissant sur une touffe d'herbe et elle se rattrapa de justesse au bras de l'étrangère, la faisant stopper sa course. Elle resta immobile, haletante et les yeux mi-clos, essayant de sentir la brise sur son visage. Un sifflement caressa ses joues, le vent provenait de la masse sombre de l'Endless Forest. Le chochotement s'accentua, se transformant en doux gémissement. Autour d'elles les innombrables tiges vertes ployaient en claquant. Le nuage orangé roulait à leur suite, au bas de la colline. Oh mon dieu... Gretel se remit à courir en tirant Léna par le bras mais en se retournant elle apercevait le nuage, plus distinct qu'auparavant, qui se rapprochait trop vite pour pouvoir être évité. Et puis où se cacher ? Les deux jeunes filles se trouvaient au centre d'une large prairie à l'espace dégagé. La solution ? Suivre le plan initial. Ses sourcils blonds se foncèrent et elle ralentit.

- À trois, inspire et bloque. dit-elle, les yeux plantés dans ceux de sa camarade.

Son ton n'appelait ni approbation ni contestation. Il lui sembla que sa voix avait tremblé un peu, mais son regard était dur et elle y mettait autant de détermination qu'elle pouvait. La blonde releva la tête vers la masse flottante du brouillard. Elle s'apprêta à dire un, mais rien ne sortit, elle était tétanisée. Les chiffres s'égernèrent dans sa tête. Le nuage lui paraissait affreusement proche mais elle se forçait à attendre le dernier moment. Ses lèvres s'entrouvrirent.

- Trois... fit-elle dans un murmure. À terre !!

Inspirant une profonde bouffée d'air, elle saisit Léna par la taille et se taissa tomber au sol, se couchant sur le flanc parmi les hautes herbes, qui s'inclinèrent au-dessus d'elles, les couvrant presque tout à fait. Gret' ne bougea pas, ne frémit même pas et garda les yeux fixés vers la brume orange qui filait au-dessus d'elle, effleurée par le bout des tiges, s'échevelant entre les herbes, chassée par le vent. Son bras passé autour de la taille de la brune s'engourdissait sous son poids mais elle s'efforçait de l'ignorer, elle s'efforçait de tout ignorer et de ne penser à rien, de ne pas bouger, de ne rien dire. Ses poumons s'embrasèrent peu à peu, sa gorge la brûlait. Ses yeux grands ouverts contemplaient le nuage qui passait à moins d'un mètre de leurs visages, déjà son épaisseur diminuait, ses volutes s'espaçaient, portés par le vent qui souffait violemment, faisant s'agiter les branches des arbres loin au-dessus des deux adolescentes. Mais il était encore trop tôt. Sa poitrine lui faisait terriblement mal et sa vue s'embuait. Ses abdominaux et son diaphragme se contractèrent de manière incontrôlable mais elle plaqua une main sur sa bouche et sur son nez pour s'empêcher de craquer si près du but. Elle sentait que le monde glissait hors de portée. Léna avait disparu de son champ de vision et elle avait l'impression que ses jambes s'étaient enlisées dans des sables mouvants. Tout ça à cause de cette fille. Enfin, elle n'avait plus la force de lui en vouloir. Ses paupières papillonèrent puis se fermèrent. Une pensée traversa encore son esprit brumeux. Peut-être... n'ai-je pas pris assez d'air ? Son visage plongea entre les brins d'herbe.

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Zodi ♥.
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